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samedi 9 février 2013

Box-office 2012 en Chine: les affaires vont bien


Le mois dernier, la SARFT (State Administration of Radio, Film, and Television 国家广播电影电视总局) a publié comme chaque année les résultats officiels du box-office pour 2012 en Chine. C'est l'occasion de faire l'analyse des évolutions du marché chinois qui depuis plusieurs années déjà connait un essor important et régulier.

Les 10 meilleurs résultats box-office en 2012:
Lost in Thailand (人再囧途之泰囧)
Titanic 3D
Painted Skin:The Resurrection (画皮2)
Mission: Impossible - Ghost Protocol
Life of Pi
The Avengers
CZ12 (十二生肖)
Men in Black III
Ice Age: Continental Drift
RMB 1 milliard (encore en salle)
RMB 947.58 millions
RMB 704.51 millions
RMB 674.71 millions
RMB 571.05 millions
RMB 567.92 millions
RMB 535.33 millions (encore en salle)
RMB 504.15 millions
RMB 449.13 millions


Comme en 2012, les blockbusters chinois font bonne figure en haut du classement, mais Hollywood reste en position de force malgré tout avec 50% des recettes totales. Le top 10 réunie ainsi quatre film chinois (si l'on inclue les coproductions) et six films américains. On y voit Titanic 3D, qui occupe la second place. En 1998, Titanic avait fait un résultat box-office sans précédent avec une recette d'environ 350 millions, record inégalé pendant plus de dix ans, mais qui semble faire pâle figure par rapport aux chiffres de 2012.

Le site internet en anglais de l'agence de presse nationale Xinhua (Agence Chine Nouvelle 新华社) a publié dès le 3 janvier un article titré China's box office sets new record in 2012. La messe est dites! Le box-office a engrangé 16,8 milliards de yuan (environ 2 milliards d'euros) pour un total de 303 films. Xinhua rappelle qu'en 2008, les recettes s'étaient élevées à 4,8 milliards de yuan. Le box-office a donc plus que triplé en cinq ans!

Le blog Chinafilmbiz a publié le 13 janvier un article intitulé China’s Box Office 2012 Re-Cap: Another Stellar Year, qui offre une analyse des chiffres très instructive.

Screening China publie aussi un article à l'occasion de la publication des chiffres, et note en particulier les excellents résultats de deux films chinois en cette fin 2012 qui confirme l'importance du mois de décembre dans le marché chinois: La comédie Lost in Thailand et le dernier film de Jackie Chan CZ12.

Le site d'actualité Film Business Asia met en avant dans cet article que la recette des films chinois est repassée sous la barre des 50% dans le box-office total.


Nous avons donc une nouvelle année de forte progression des recettes. Les films américains continuent à faire le plus gros des recettes malgré les quotas et les efforts de la SARFT pour favoriser les films locaux. Mais les grosses productions du cinéma chinois et les coproductions avec Hong-Kong font aussi de bons résultats, ce qui n'était pas toujours le cas il y a encore quelques années. Les films comme Painted Skin 2 (画皮2) ou surtout Lost in Thailand (人再囧途之泰囧) apportent une preuve (si cela était nécessaire) que la 3D et les stars ne sont pas la seule recette du succès.

Avec les entrées de janvier et février 2013, Lost in Thailand a dépassé les 1,2 milliards de yuan de recette et s'installe juste derrière Avatar (1,38 milliards) dans les records box-office. Le film de Jackie Chan CZ12 a lui aussi eu d'excellent résultats pour dépasser les 800 millions de yuan au total. Si l'on ajoute à la liste le film Painted Skin 2, trois productions chinoises de 2012 sont devenues les trois plus gros succès chinois de l'histoire. C'était jusque là Let the bullet fly (然子弹飞), le film de Jiang Wen sorti en décembre 2010, qui détenait ce titre.

L'année 2012 est donc une année exceptionnelle, oui. Neuf des dix plus gros succès de l'année ont dépassé la barre des 500 millions de yuan de recette, alors que ce n'était arrivé qu'à six film au total jusqu'à aujourd'hui! Mais si le marché continue à se développer ainsi dans les années à venir, ces records risquent d'être vite balayés...

> Chinafilmbiz 中国电影业务 [http://chinafilmbiz.com]
Chinafilmbiz est un blog tenu par Robert Cain, qui se présente comme un producteur et consultant pour l'industrie du film à Hollywood et en Chine. Il y poste deux à trois fois par semaine depuis la création du blog en 2011, et offre des analyses longues et bien informées sur l'industrie du film en Chine, essentiellement côté business, box-office et gros sous.


> Screening China [http://screeningchina.blogspot.com/]
Le blog Screening China s’intéresse avant tout au cinéma indépendant chinois, mais couvre aussi d'autres domaines. Les mises à jour ne sont pas très nombreuses ni régulières, mais souvent intéressantes avec par exemple des entretiens et des comptes rendus de festivals. Son auteur, Dan Edwards, est un journaliste et chercheur Australien qui a vécu plusieurs années à Pékin (voir son site personnel)


mardi 22 janvier 2013

Shanghai vu d'en bas: "Street Life" de Zhao Dayong


"Street Life", aussi sorti sous le nom "Living on Nanjing Road", est un film documentaire indépendant chinois sorti en 2006, premier long métrage du réalisateur Zhao Dayong.


Le titre original de "Street Life", 南京路 (pinyin: nanjing lu), est le nom de la plus célèbre avenue de Shanghai. La rue de Nankin, de son nom français, traverse le centre de Shanghai sur cinq kilomètres, du temple Jing'an à l'ouest jusqu'au Bund à l'est. Comparer la rue de Nankin aux Champs-Élysées serait presque réducteur pour la décrire. Grands hôtels, bâtiments coloniaux, centres commerciaux, grandes marques de haute-couture, de montres et de bijoux, concessionnaires Mercedes, Ferrari, Maserati, Porsche et j'en passe.


Belle ironie, c'est dans ce décor que le réalisateur Zhao Dayong nous emmène pour suivre la vie d'une poignée d'hommes, de femmes et d'enfants qui vivent en récupérant des déchets recyclables qu'ils revendront au poids. Ils se regroupent, avec leurs bouteilles plastiques, dans une contre-allée de la rue Nankin, à deux pas d'où se trouve aujourd'hui le plus grand Apple Store au monde, ouvert en 2011.

Comme pour la plupart des documentaires chinois contemporains, dits "indépendants", il n'y a aucun commentaire, aucune voix off. Zhao Dayong, caméra digitale à la main, laisse les images et les personnages parler d'eux même. Une relation de confiance, et une intimité forte semblent exister entre le réalisateur et ses sujets, qui s'expriment avec une grande liberté. Le spectateur se retrouve plongé dans la vie de ces individus, qui partagent leurs histoires.

Au fil du film, nous rencontrons de nouveaux personnages aux surnoms colorés, qui nous sont présentés par une brève biographie en sous-titres. Tous se connaissent, se fréquentent, travaillent et vivent ensemble. Ils sont venus de loin, du nord, de l'ouest, pour refaire leur vie à Shanghai, comme des millions d'autres.


Il y a Black Skin, Big Fatty et ses chansons, Fatty Lee le racheteur, Ah Qiao et sa jambe folle, mais aussi Anhui, little Anhui, Shandong, Hubei etc... Leurs vrais noms importent peu dans la rue, où ils n'existent plus que par leurs surnoms, qui eux-même sont souvent simplement le nom de leur ville ou province d'origine. Chacun a son histoire, sa façon de travailler, plus ou moins légalement. Ils récupèrent des bouteilles plastiques dans les poubelles, ou les rachètent aux habitants du quartiers. Ils récupèrent aussi les cartons, ou les objets métalliques. Certains préfèrent la voie plus directe mais plus dangereuse du vol, les plus faibles et les plus vieux font la manche, ou chantent pour les touristes.

Le fil rouge du film, c'est Black Skin (黑皮). Il apparaît au tout début du film et c'est sur lui que le film se conclut. A la tête d'un petit groupe de ramasseur, c'est un personnage respecté de la rue, travailleur, honnête et généreux. Mais quand son associé Ah Qiao se fait la belle avec la cagnotte du groupe, le destin de Black Skin prend un mauvais tournant. De bagarres en arrestations, il finit par perdre la tête.

Dans une interview (disponible en chinois à cette adresse), Zhao Dayong nous explique qu'il a passé plusieurs mois à échanger avec les personnages du film avant de débuter le tournage. Il nous explique aussi que quelques temps après le tournage, les ramasseurs avaient dû déménager de leur petite ruelle, poussés dehors par le développement urbain et la rénovation du quartier. Difficile de savoir ce qui est advenu de Black Skin, de Big Fatty ou de Xiao Anhui depuis 2006.


Autres informations & comment se procurer le film:

Le film Street Life a été projeté à partir de 2006 dans de nombreux festivals aussi bien en Chine (Beijing Documentary Film Festival et Yunfest) qu'à l'étranger (Vienne, Rome, Berlin...). Pour ce premier long métrage, Zhao Dayong a toutes les casquettes, il est réalisateur, éditeur et producteur. Par la suite en 2008, il s'associera avec le journaliste David Bandurski pour fonder une maison d'édition à Hong-Kong, Lantern Films. Ensemble il produisent et distribuent les films suivants de Zhao Dayong, Ghost Town, Rough Poetry, The High Life et My Father's House.

C'est aussi la maison de production Lantern Film qui a pris en charge la distribution de Street Life, dont on peut se procurer le dvd sur la boutique en ligne du site. Le film est par ailleurs distribué aux Etats-Unis par la société dGenerate, qui depuis New-York s'emploie depuis quelques années à développé le marcher pour les documentaires indépendants chinois. Il est possible par leur site internet de louer le film (ou de l'acheter, mais c'est un peu cher) directement en téléchargement via Amazon.

Pour les pirates, ou ceux qui préfèrent utiliser 20€ pour acheter des cigarettes, vous pouvez télécharger le film sur bittorrent à cette adresse: http://asiator.net/torrent/14626/

Biographie de l'auteur:

Zhao Dayong (赵大勇) est né en 1970 dans la province du Liaoning dans le nord de la Chine. Il fait des études d'art à l'institut Lu Xun de Shenyang, capitale de sa province natale. Diplômé en 1992, il multiplie les projets artistiques dans les années 90, à Pékin ou à Canton. Fort de son expérience dans la publicité, et avide de libérté créative, il commence ses expérimentations vidéo dans les années 2000. Le projet de Street Life commence en 2004, et durera jusqu'en 2006.

Comme il l'explique dans cette interview faite par le site Danwei.org (vidéo sous-titrée en anglais), à peine le tournage de Street Life terminé, Dayong retourne dans la province du Yunnan pour tourner son deuxième film documentaire,lui aussi autofinancé, Ghost Town (aka. Ville Fantôme) (废城), qu'il avait commencé en 2002. Ghost Town, long documentaire en trois parties qui retrace le présent et le passé des habitants d'un village reculé du Yunnan, connaît comme Street Life une belle carrière dans les festivals internationaux, et signe la confirmation de Zhao Dayong comme un grand réalisateur. Le film a été projeté à Paris à l’automne 2010, en présence de Zhao Dayong, lors de la 4ème édition du Festival Shadows.

Zhao Dayong réalise ensuite un court métrage expérimental de fiction en 2009, Rough Poetry (下流诗歌). Il est aidé pour ce projet par son associé chez Lantern Film, David Bandurski, mais aussi par Zhu Rikun (朱日坤), producteur de longue date et personnalité importante dans le monde des films indépendants à Pékin (En plus de produire certains des réalisateurs indépendants chinois les plus récompensés, Zhu Rikun a entre autres créé au début des années 2000 le studio Fanhall à Pékin, lieu de projection mais aussi de production de films indépendants. Il a organisé des festivals, et dirige la fondation Li Xianting pour l'aide aux réalisateurs.).

En 2000, Zhao Dayong produit son premier long métrage de fiction, The High Life (aka. Une vie de plaisir) (寻欢作乐), encore une fois produit par Lantern Film et David Bandurski, et que l'on a pu voir en novembre 2010 au festival 3 Continents de Nantes. En même temps que The High Life, Dayong réalise un nouveau documentaire, My Father's House (教堂, titre qui signifie littéralement "Eglise") à Guangzhou cette fois, plus précisément à "Chocolate City", le petit nom donné au quartier africain de la ville (trailer)

Quelques liens:

# Interview de Zhao Dayong en 2010 après la sortie du film Ghost Town, sur le site Hammer to Nail.
# Interview de Zhao Dayong par Dan Edwards en 2009, sur le site Screening China.
# Interview vidéo de Zhao Dayong, réalisée pour le site Danwei.org, sur viméo.
# Lantern Films, le site de la maison de production fondée par Zhao Dayong.
# dGenerate, le site du distributeur américain, par ailleurs excellent site en anglais pour se tenir au courant de l'actualité des productions indépendantes chinoises.